•             Femme rose

      



    TOM FORD est né à Austin au Texas.

    Quand il était petit et qu'il habitait Santa Fe (Nouveau-Mexique), TOM FORD devinait l'arrivée des orages d'été en en reniflant les prémices: quelque chose de pierreux, poussiéreux, aigû et chargé du parfum de la résine des pins. En hiver, au contraire, la ville sous la neige sentait tout entière la fumée, chacun faisant grand feu dans sa cheminée.

    A 10 ans, celui qui nous dévoile aujourd'hui Private Blend, une collection ultrasélective de 12 parfums, très «signés» et très puissants, aimait donc déjà les odeurs. Il aimait aussi la glace à la vanille et les tailleurs-pantalons Courrèges de sa grand-mère. En revanche, il détestait le football, fût-il américain, les vaches, les cow-boys genre John Wayne, la musique country et tout le tremblement folklorique du Texas, sa terre natale. Signes d'une subtilité précoce.

    Devenu adulte, Tom Ford a toutefois un peu changé d'avis, puisqu'il est propriétaire d'un ranch au Nouveau-Mexique. Il a aussi un pied-à-terre à Milan, une maison à Londres, une autre à Los Angeles. Et à Paris ? . Après le désaccord qui l'a opposé au groupe PPR lors du rachat des maisons Gucci et Yves Saint Laurent (qu'il dirigeait), le bel appartement du quai Conti, face au Louvre, a été vendu et la page française tournée. Trois ans, une grosse déprime et une psychothérapie plus tard, celui que les gazettes avaient surnommé «la Légende vivante de la mode» accepte de nous raconter sa résurrection et son amour des parfums.

    Après quatorze ans chez Gucci, c'était comme si ma vie s'était arrêtée! Je pleurais tout le temps, j'étais dévasté, bref, ça n'allait pas bien. Je suis allé voir un psychanalyste. Six mois d'intense remise en question. Et puis j'ai compris que ce que j'aime avant tout, plus que la mode, la parfumerie, le design, le cinéma, plus qu'aucune de mes activités, c'est travailler. Le processus lui-même, construire, avancer. J'aime penser et réaliser. Donc, je m'y suis remis! En créant la marque Tom Ford, qui, pour l'instant, fait de la mode masculine, des lunettes et des parfums, avec cette ligne, Private Blend. Je sais à nouveau de quoi les cinq prochaines années seront faites!

     

         

    Pendant que nous travaillions sur Black Orchid le premier parfum de la marque Tom Ford, Tom Ford for Men [sortie en 2008] et, déjà avant cela, sur mes expériences olfactives pour Gucci, Saint Laurent puis Estée Lauder, j'ai croisé quantité de matières premières formidables, suivi toutes sortes de pistes ensuite abandonnées parce que pas assez «grand public» ou trop chères. Mais, en préparant ma boutique sur Madison Avenue, à New York, j'ai pensé que ce serait bien d'y dédier un salon à la parfumerie. Ce sont non pas des parfums pour homme mais plutôt des senteurs mixtes.

     

     

    C'est une ville qui sent la pâtisserie, et je vous ai dit à quel point j'aime le sucre! C'est à Paris, en 1984, au service de presse de la maison Chloé, où j'étais stagiaire pendant mes études à la Parson's School of Design, dans le XVe, que j'ai décidé de bifurquer de l'architecture d'intérieur vers la couture. J'habitais un petit studio, rue Charlot, je parlais bien français, je m'amusais beaucoup. Ces souvenirs compensent les épisodes plus douloureux. Alors, oui, je reviendrai peut-être. On a beau planifier au maximum, on sait quand même que tout peut arriver.

    Au départ, je devais sortir 20 parfums, ce qui était, même pour moi, un peu trop. En fonction de l'accueil, je pense en ajouter quelques-unes, en éliminer d'autres. Rien n'est figé. On va aussi, si on nous le demande, proposer des parfums sur mesure. Et puis en créer de spécifiques pour les diverses boutiques que l'on va bientôt ouvrir, à Dubai, à Moscou et ailleurs. Ainsi, les Russes auraient un parfum rien que pour eux.

    La vanille, l'ambre et le patchouli sont ces odeurs préférées. Je suis très accro au sucre, et la vanille, si douce, si suave, me fait littéralement fondre. De l'ambre, j'aime la sensualité, la vibration. Quant à ma passion pour le patchouli, je crois qu'elle date de ma jeunesse, dans les années 1970. A Santa Fe, ville un peu artiste, il y avait des hippies qui revenaient d'Inde nimbés d'huile de patchouli et de nuages de marijuana. Je trouvais ça supercool. Du coup, le premier vrai parfum pour homme que j'ai porté, Givenchy Gentleman, était saturé de patchouli. Mon parfum préféré était celui de ma mère .Malgré son activité de militante politique très engagée à gauche, elle portait Joy, de Patou, «Le parfum le plus cher du monde», comme disait la publicité. Mais il y avait aussi celui de ma grand-mère, que j'adorais, flamboyante, excessive, mariée six fois; ma Liz Taylor à moi. Elle était parfumée à Youth Dew, d'Estée Lauder, ce jus que j'ai revisité bien des années plus tard sous le nom d'Amber Nude.PRIVATE BLEND sera en effet distribué dans seulement dix points de vente! Je crois que les gens commencent à être saturés de la mondialisation de la mode et qu'ils vont avoir envie de choses plus  personnelles. Private Blend a été élaboré dans cet esprit, avec des flacons soufflés à la bouche, des ingrédients très luxueux et la garantie de ne pas être sur toutes les peaux.

    Tous les jours et tous les soirs je me parfume dit-il. Longtemps, j'ai été volage, passant de Blenheim Bouquet ou de Penhaligon's à Grey Flannel, de Geoffrey Beene, Yatagan, de Caron, ou Ambre Sultan, de Serge Lutens. J'espère me stabiliser avec Tobacco Vanille, celui de ma ligne qui sent les épices, l'Amsterdamer et la gousse de vanille.

                                                              

     

     


    Les ingredients:<o:p></o:p>

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    Les notes de tête<o:p></o:p>

    Truffe noire, orchidée noire, chocolat noir<o:p></o:p>

    Les notes de coeur<o:p></o:p>

    Vanille, cassis <o:p></o:p>

    Les notes de fond<o:p></o:p>

    Encens, patchouli, santal<o:p></o:p>






    Le flacon en cristal noir de Lalique pour l'extrait.




     


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